NEXUS — AL-HIKMAH Savoir authentique · Rappel · Contemplation https://www.nexus-alhikmah.org LES 40 HADITHS D’AN-NAWAWĪ Texte arabe, traduction française et explication ──────────────────────────────────────── HADITH 01 — L’intention Références : ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE إِنَّمَا الأَعْمَالُ بِالنِّيَّاتِ، وَإِنَّمَا لِكُلِّ امْرِئٍ مَا نَوَى، فَمَنْ كَانَتْ هِجْرَتُهُ إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ فَهِجْرَتُهُ إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ، وَمَنْ كَانَتْ هِجْرَتُهُ لِدُنْيَا يُصِيبُهَا أَوِ امْرَأَةٍ يَنْكِحُهَا فَهِجْرَتُهُ إِلَى مَا هَاجَرَ إِلَيْهِ TRADUCTION FRANÇAISE Les actions ne valent que par les intentions, et chacun sera rétribué selon son intention. Celui dont l’émigration fut pour Allah et Son Messager, son émigration fut pour Allah et Son Messager. Et celui dont l’émigration fut pour un bien mondain ou pour une femme qu’il voulait épouser, son émigration fut pour ce vers quoi il a émigré. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith établit un fondement majeur de l’Islam : la valeur des actes dépend de l’intention qui les motive. Une action extérieurement identique peut être acceptée ou rejetée selon l’intention intérieure. REPÈRES • L’intention distingue l’adoration de l’habitude. • Elle distingue les degrés d’un même acte. • Elle est une condition d’acceptation des œuvres. À RETENIR • Rectifier son intention avant toute action. • Ne pas rechercher les gens par les actes d’adoration. • Faire de l’intention un acte d’adoration en soi. HADITH 02 — Les piliers de l’Islam, de la foi et de l’excellence Références : ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE عَنْ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ أَيْضًا قَالَ: بَيْنَمَا نَحْنُ جُلُوسٌ عِنْدَ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ذَاتَ يَوْمٍ إِذْ طَلَعَ عَلَيْنَا رَجُلٌ شَدِيدُ بَيَاضِ الثِّيَابِ، شَدِيدُ سَوَادِ الشَّعَرِ، لَا يُرَى عَلَيْهِ أَثَرُ السَّفَرِ، وَلَا يَعْرِفُهُ مِنَّا أَحَدٌ، حَتَّى جَلَسَ إِلَى النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، فَأَسْنَدَ رُكْبَتَيْهِ إِلَى رُكْبَتَيْهِ، وَوَضَعَ كَفَّيْهِ عَلَى فَخِذَيْهِ، وَقَالَ: يَا مُحَمَّدُ، أَخْبِرْنِي عَنِ الْإِسْلَامِ… (الحديث بطوله) TRADUCTION FRANÇAISE ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb rapporte : Alors que nous étions assis auprès du Messager d’Allah ﷺ, apparut devant nous un homme aux vêtements d’une blancheur éclatante et aux cheveux très noirs. Aucun signe de voyage ne paraissait sur lui et aucun de nous ne le connaissait. Il s’assit auprès du Prophète ﷺ, plaça ses genoux contre les siens et posa ses mains sur ses cuisses, puis dit : « Ô Muhammad, informe-moi au sujet de l’Islam… » (Le hadith mentionne ensuite l’Islam, la foi, l’excellence spirituelle, l’Heure et ses signes.) Puis le Prophète ﷺ dit : « C’était Jibrīl, il est venu vous enseigner votre religion. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith est appelé *le hadith de Jibrīl*. Il résume l’ensemble de la religion : * l’Islam (les actes apparents), * la foi (les croyances intérieures), * l’excellence (*al-iḥsān*, la perfection spirituelle). REPÈRES • La religion comporte **trois niveaux complémentaires** : Islam, Īmān, Iḥsān. • L’enseignement peut se faire par **questionnement pédagogique**. • Les anges peuvent apparaître sous forme humaine. • L’excellence consiste à adorer Allah comme si on Le voyait. À RETENIR • La science religieuse est une **miséricorde enseignée**. • Les actes extérieurs ne suffisent pas sans foi. • La foi s’élève par la vigilance du cœur. • La religion est un tout harmonieux, non fragmenté. HADITH 03 — Les piliers de l’Islam Références : Abū ‘Abd al-Raḥmān ‘Abdullāh ibn ‘Umar رضي الله عنهما · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE بُنِيَ الْإِسْلَامُ عَلَى خَمْسٍ: شَهَادَةِ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ، وَإِقَامِ الصَّلَاةِ، وَإِيتَاءِ الزَّكَاةِ، وَصَوْمِ رَمَضَانَ، وَحَجِّ الْبَيْتِ TRADUCTION FRANÇAISE L’Islam est bâti sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, l’accomplissement de la prière, l’acquittement de la zakāt, le jeûne de Ramaḍān et le pèlerinage à la Maison sacrée. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith expose les **fondations pratiques** de l’Islam. Comme un édifice, la religion repose sur des piliers sans lesquels elle ne peut se maintenir. REPÈRES • La shahāda est la base de toute pratique. • La prière est le pilier central des actes. • La zakāt purifie les biens et les cœurs. • Le jeûne éduque l’âme à la maîtrise. • Le pèlerinage couronne la pratique pour celui qui en a la capacité. À RETENIR • La religion a une structure claire. • Négliger les piliers fragilise la foi. • La constance dans les obligations est la clé de la droiture. HADITH 04 — La création de l’homme et le décret divin Références : ‘Abdullāh ibn Mas‘ūd رضي الله عنه · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE إِنَّ أَحَدَكُمْ يُجْمَعُ خَلْقُهُ فِي بَطْنِ أُمِّهِ أَرْبَعِينَ يَوْمًا نُطْفَةً، ثُمَّ يَكُونُ عَلَقَةً مِثْلَ ذَلِكَ، ثُمَّ يَكُونُ مُضْغَةً مِثْلَ ذَلِكَ، ثُمَّ يُرْسَلُ إِلَيْهِ الْمَلَكُ فَيَنْفُخُ فِيهِ الرُّوحَ، وَيُؤْمَرُ بِأَرْبَعِ كَلِمَاتٍ: بِكْتْبِ رِزْقِهِ، وَأَجَلِهِ، وَعَمَلِهِ، وَشَقِيٌّ أَوْ سَعِيدٌ. فَوَاللَّهِ الَّذِي لَا إِلَهَ غَيْرُهُ، إِنَّ أَحَدَكُمْ لَيَعْمَلُ بِعَمَلِ أَهْلِ الْجَنَّةِ حَتَّى مَا يَكُونُ بَيْنَهُ وَبَيْنَهَا إِلَّا ذِرَاعٌ، فَيَسْبِقُ عَلَيْهِ الْكِتَابُ فَيَعْمَلُ بِعَمَلِ أَهْلِ النَّارِ فَيَدْخُلُهَا، وَإِنَّ أَحَدَكُمْ لَيَعْمَلُ بِعَمَلِ أَهْلِ النَّارِ حَتَّى مَا يَكُونُ بَيْنَهُ وَبَيْنَهَا إِلَّا ذِرَاعٌ، فَيَسْبِقُ عَلَيْهِ الْكِتَابُ فَيَعْمَلُ بِعَمَلِ أَهْلِ الْجَنَّةِ فَيَدْخُلُهَا. TRADUCTION FRANÇAISE Chacun de vous est constitué dans le ventre de sa mère : pendant quarante jours comme une goutte de sperme (*nuṭfa*), puis durant une période semblable comme une adhérence (*‘alaqa*), puis durant une période semblable comme une masse mâchée (*muḍgha*). Ensuite, l’ange est envoyé à lui ; il souffle en lui l’âme et reçoit l’ordre d’écrire quatre choses : sa subsistance, sa durée de vie, ses œuvres, et s’il sera malheureux ou heureux. Par Allah, en dehors de Qui il n’y a point de divinité, l’un de vous agit certes comme les gens du Paradis au point qu’il n’y a plus entre lui et le Paradis qu’une coudée ; puis le décret le devance et il agit comme les gens du Feu et y entre. Et l’un de vous agit comme les gens du Feu au point qu’il n’y a plus entre lui et le Feu qu’une coudée ; puis le décret le devance et il agit comme les gens du Paradis et y entre. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith réunit deux thèmes majeurs : 1. les **étapes de la création humaine**, 2. la **réalité du décret divin** (*al-qadar*). Il enseigne l’humilité face au destin et la nécessité de persévérer dans la droiture jusqu’à la fin. REPÈRES • L’âme est insufflée après les premières phases de développement. • Le décret comprend quatre éléments : subsistance, durée de vie, œuvres, finalité. • Les œuvres sont jugées **selon leur conclusion** (*al-‘ibra bi-l-khawātīm*). • Le décret d’Allah n’annule pas la responsabilité humaine. À RETENIR • Ne pas se fier à ses œuvres présentes sans persévérance. • Craindre une mauvaise fin et espérer une bonne conclusion. • Agir avec sincérité et invoquer Allah pour la constance. • Comprendre que la science du décret appartient à Allah seul. HADITH 05 — Le rejet des innovations Références : ‘Ā’ishah رضي الله عنها · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE مَنْ أَحْدَثَ فِي أَمْرِنَا هَذَا مَا لَيْسَ مِنْهُ فَهُوَ رَدٌّ (Version de Muslim) مَنْ عَمِلَ عَمَلًا لَيْسَ عَلَيْهِ أَمْرُنَا فَهُوَ رَدٌّ TRADUCTION FRANÇAISE Quiconque introduit dans notre religion quelque chose qui n’en fait pas partie, cela sera rejeté. Et dans une autre version : Quiconque accomplit une œuvre qui n’est pas conforme à notre ordre, elle sera rejetée. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith établit un principe fondamental : **toute adoration ou pratique religieuse doit être fondée sur la révélation**. Ce qui n’est pas légiféré par Allah et Son Messager ﷺ est rejeté, même si l’intention paraît bonne. REPÈRES • La sincérité **et** la conformité sont toutes deux nécessaires à l’acceptation des œuvres. • L’innovation (*bid‘ah*) concerne les actes cultuels ajoutés ou modifiés sans preuve. • Les habitudes mondaines ne sont pas concernées, sauf si elles sont érigées en actes d’adoration. • La version de Muslim montre que **l’action** comme **l’invention** sont rejetées. À RETENIR • Vérifier toute pratique religieuse à la lumière du Coran et de la Sunnah. • Ne pas se fier aux usages ni aux émotions en matière d’adoration. • Préserver la pureté de la religion telle qu’elle a été transmise. HADITH 06 — Le licite, l’illicite et les choses ambiguës Références : Abū ‘Abdillāh an-Nu‘mān ibn Bashīr رضي الله عنهما · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE إِنَّ الْحَلَالَ بَيِّنٌ، وَإِنَّ الْحَرَامَ بَيِّنٌ، وَبَيْنَهُمَا أُمُورٌ مُشْتَبِهَاتٌ لَا يَعْلَمُهُنَّ كَثِيرٌ مِنَ النَّاسِ، فَمَنِ اتَّقَى الشُّبُهَاتِ اسْتَبْرَأَ لِدِينِهِ وَعِرْضِهِ، وَمَنْ وَقَعَ فِي الشُّبُهَاتِ وَقَعَ فِي الْحَرَامِ، كَالرَّاعِي يَرْعَى حَوْلَ الْحِمَى يُوشِكُ أَنْ يَرْتَعَ فِيهِ. أَلَا وَإِنَّ لِكُلِّ مَلِكٍ حِمًى، أَلَا وَإِنَّ حِمَى اللَّهِ مَحَارِمُهُ، أَلَا وَإِنَّ فِي الْجَسَدِ مُضْغَةً إِذَا صَلَحَتْ صَلَحَ الْجَسَدُ كُلُّهُ، وَإِذَا فَسَدَتْ فَسَدَ الْجَسَدُ كُلُّهُ، أَلَا وَهِيَ الْقَلْبُ. TRADUCTION FRANÇAISE Le licite est clair et l’illicite est clair. Entre les deux se trouvent des choses ambiguës que beaucoup de gens ne connaissent pas. Celui qui se préserve des choses ambiguës protège ainsi sa religion et son honneur. Mais celui qui tombe dans les ambiguïtés tombe dans l’illicite, à l’image du berger qui fait paître son troupeau autour d’un enclos réservé : il risque fort d’y entrer. Sachez que chaque roi possède un domaine réservé, et que le domaine réservé d’Allah est ce qu’Il a interdit. Sachez encore que dans le corps se trouve un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain ; s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. C’est le cœur. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith expose une **méthodologie éthique** complète : la clarté du licite et de l’illicite, la prudence face aux zones grises, et le rôle central du cœur dans la rectitude des actes. REPÈRES • Les règles religieuses se divisent en : licite clair, illicite clair, et ambigu. • La piété (*wara‘*) consiste à s’éloigner de ce qui est douteux. • Les métaphores prophétiques visent à rendre les règles compréhensibles à tous. • Le cœur est la source de la droiture ou de la corruption des actions. À RETENIR • Choisir la prudence protège la foi. • Les compromis répétés mènent à la transgression. • La réforme extérieure commence par la purification du cœur. • Éduquer son cœur est une obligation permanente. HADITH 07 — La sincérité du conseil TEXTE ARABE الدِّينُ النَّصِيحَةُ قُلْنَا: لِمَنْ؟ قَالَ: لِلَّهِ، وَلِكِتَابِهِ، وَلِرَسُولِهِ، وَلِأَئِمَّةِ الْمُسْلِمِينَ، وَعَامَّتِهِمْ TRADUCTION FRANÇAISE La religion, c’est le conseil sincère. Nous dîmes : « Envers qui ? » Il répondit : « Envers Allah, envers Son Livre, envers Son Messager, envers les dirigeants des musulmans et envers l’ensemble des musulmans. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith résume la religion en un principe fondamental : la *naṣīḥa*, c’est-à-dire la sincérité, la loyauté et la volonté de bien pour autrui. La religion n’est pas seulement un ensemble de rites, mais une attitude intérieure et sociale fondée sur la vérité et la bienveillance. REPÈRES • La *naṣīḥa* ne se limite pas au conseil verbal : elle inclut l’intention droite et l’action juste. • Être sincère envers Allah signifie L’adorer exclusivement et Lui obéir. • Être sincère envers le Livre d’Allah implique d’y croire, de le comprendre et de le mettre en pratique. • Être sincère envers le Messager ﷺ consiste à suivre sa Sunnah et à la défendre. • La sincérité envers les dirigeants se fait par le conseil discret et la prière pour eux. • La sincérité envers les musulmans consiste à vouloir pour eux le bien, comme pour soi-même. À RETENIR • La sincérité est le cœur de la religion. • Le conseil doit être donné avec sagesse et miséricorde. • La réforme de la communauté commence par la sincérité des intentions. • L’Islam relie le rapport à Allah et le comportement envers les créatures. HADITH 08 — La sacralité du sang, des biens et de l’honneur Références : ‘Abdullāh ibn ‘Umar رضي الله عنهما · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE أُمِرْتُ أَنْ أُقَاتِلَ النَّاسَ حَتَّى يَشْهَدُوا أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ، وَيُقِيمُوا الصَّلَاةَ، وَيُؤْتُوا الزَّكَاةَ، فَإِذَا فَعَلُوا ذَلِكَ عَصَمُوا مِنِّي دِمَاءَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ إِلَّا بِحَقِّ الْإِسْلَامِ، وَحِسَابُهُمْ عَلَى اللَّهِ TRADUCTION FRANÇAISE J’ai reçu l’ordre de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, qu’ils accomplissent la prière et qu’ils s’acquittent de la zakāt. S’ils font cela, ils protègent alors de moi leur sang et leurs biens, sauf par un droit établi par l’Islam, et leur jugement revient à Allah. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith expose les **fondements visibles** par lesquels l’Islam reconnaît l’appartenance d’une personne à la communauté musulmane. Il établit la **protection du sang, des biens et de l’honneur** dès lors que les signes apparents de l’Islam sont présents. REPÈRES • Le jugement des personnes se fait sur les **apparences légales**, non sur ce que recèlent les cœurs. • L’attestation de foi, la prière et la zakāt sont des **signes manifestes** de l’Islam. • La protection accordée peut être levée uniquement par un **droit légiféré** (justice, châtiment légal, etc.). • Le jugement intérieur des intentions appartient exclusivement à Allah. À RETENIR • Préserver la vie et les biens est un objectif majeur de la loi islamique. • Il est interdit de porter atteinte aux musulmans sans droit légitime. • La prudence est obligatoire dans le jugement des personnes. • La foi intérieure relève d’Allah, pas des créatures. HADITH 09 — L’obligation selon la capacité Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE مَا نَهَيْتُكُمْ عَنْهُ فَاجْتَنِبُوهُ، وَمَا أَمَرْتُكُمْ بِهِ فَأْتُوا مِنْهُ مَا اسْتَطَعْتُمْ، فَإِنَّمَا أَهْلَكَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ كَثْرَةُ مَسَائِلِهِمْ وَاخْتِلَافُهُمْ عَلَى أَنْبِيَائِهِمْ TRADUCTION FRANÇAISE Ce que je vous ai interdit, évitez-le. Et ce que je vous ai ordonné, accomplissez-en ce que vous pouvez. Car ceux qui vous ont précédés ont été détruits à cause du grand nombre de leurs questions et de leurs divergences à l’égard de leurs prophètes. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith pose une règle fondamentale de la législation islamique : **l’obligation est proportionnée à la capacité**. Les interdictions doivent être évitées totalement, tandis que les obligations sont accomplies selon les moyens réels de chacun. REPÈRES • Les interdictions ne tolèrent pas de compromis, sauf en cas de nécessité reconnue. • Les obligations sont liées à la capacité (*al-istitā‘a*). • La multiplication des questions inutiles mène à la difficulté et à la division. • La religion vise la facilité et la préservation, non la gêne excessive. À RETENIR • Appliquer la religion avec sagesse et mesure. • Ne pas rechercher la complication dans la pratique religieuse. • Comprendre que la facilité fait partie de la législation. • Se conformer aux ordres sans excès ni négligence. HADITH 10 — Le licite comme condition de l’acceptation des invocations Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE إِنَّ اللَّهَ طَيِّبٌ لَا يَقْبَلُ إِلَّا طَيِّبًا، وَإِنَّ اللَّهَ أَمَرَ الْمُؤْمِنِينَ بِمَا أَمَرَ بِهِ الْمُرْسَلِينَ، فَقَالَ: ﴿يَا أَيُّهَا الرُّسُلُ كُلُوا مِنَ الطَّيِّبَاتِ وَاعْمَلُوا صَالِحًا﴾ وَقَالَ: ﴿يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُلُوا مِنْ طَيِّبَاتِ مَا رَزَقْنَاكُمْ﴾ ثُمَّ ذَكَرَ الرَّجُلَ يُطِيلُ السَّفَرَ، أَشْعَثَ أَغْبَرَ، يَمُدُّ يَدَيْهِ إِلَى السَّمَاءِ: يَا رَبِّ، يَا رَبِّ، وَمَطْعَمُهُ حَرَامٌ، وَمَشْرَبُهُ حَرَامٌ، وَمَلْبَسُهُ حَرَامٌ، وَغُذِّيَ بِالْحَرَامِ، فَأَنَّى يُسْتَجَابُ لِذَلِكَ؟ TRADUCTION FRANÇAISE Allah est Bon et Il n’accepte que ce qui est bon. Allah a ordonné aux croyants ce qu’Il a ordonné aux messagers. Il a dit : « Ô Messagers, mangez de ce qui est licite et accomplissez de bonnes œuvres. » Et Il a dit : « Ô vous qui croyez, mangez des bonnes choses que Nous vous avons accordées. » Puis il mentionna l’homme qui prolonge son voyage, échevelé et couvert de poussière, levant les mains vers le ciel en disant : « Ô Seigneur ! Ô Seigneur ! », alors que sa nourriture est illicite, sa boisson est illicite, son vêtement est illicite, et il a été nourri par l’illicite. Comment pourrait-il alors être exaucé ? EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith établit un lien direct entre **la pureté des moyens de subsistance** et **l’acceptation des œuvres**, en particulier des invocations. La sincérité du cœur doit s’accompagner de la licéité des actes et des biens. REPÈRES • Allah n’accepte que ce qui est conforme à la pureté et à la licéité. • Les conditions apparentes de l’invocation (voyage, humilité, supplication) ne suffisent pas si la subsistance est illicite. • Les ordres adressés aux messagers et aux croyants sont fondés sur la même exigence de droiture. • L’illicite constitue un obstacle majeur à l’exaucement. À RETENIR • Veiller à la licéité de ses revenus et de sa nourriture. • Comprendre que les actes extérieurs doivent être soutenus par une droiture intérieure et matérielle. • Réformer ses moyens de subsistance fait partie de l’adoration. • Espérer l’exaucement tout en respectant les causes légiférées. HADITH 11 — Le doute et la tranquillité du cœur Références : Abū Muḥammad al-Ḥasan ibn ‘Alī رضي الله عنهما · At-Tirmidhī (hadith حسن صحيح) TEXTE ARABE دَعْ مَا يَرِيبُكَ إِلَى مَا لَا يَرِيبُكَ TRADUCTION FRANÇAISE Délaisse ce qui suscite en toi le doute pour ce qui ne suscite aucun doute. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith établit une règle concise mais profonde : le croyant est invité à rechercher la **quiétude intérieure** et à s’éloigner de ce qui trouble son cœur. La vérité apporte la sérénité, tandis que le faux et l’ambigu engendrent l’inquiétude. REPÈRES • Le doute (*rayb*) est un signal intérieur qu’il convient de respecter lorsqu’il concerne le licite et l’illicite. • Ce principe s’applique aussi bien aux actes qu’aux paroles et aux relations. • La certitude (*yaqīn*) est un fondement de la foi et de la pratique. • Le cœur du croyant, lorsqu’il est sain, reconnaît naturellement ce qui est droit. À RETENIR • Choisir la voie qui apaise le cœur. • Éviter les situations ambiguës même lorsqu’elles semblent permises en apparence. • Éduquer son cœur à la vigilance spirituelle. • Faire de la tranquillité intérieure un critère de décision conforme à la piété. HADITH 12 — L’abandon de ce qui ne concerne pas le croyant Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · At-Tirmidhī (hadith حسن) TEXTE ARABE مِنْ حُسْنِ إِسْلَامِ الْمَرْءِ تَرْكُهُ مَا لَا يَعْنِيهِ TRADUCTION FRANÇAISE Parmi la perfection de l’Islam d’une personne figure le fait de délaisser ce qui ne la concerne pas. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith pose une règle de **discipline spirituelle et sociale** : la qualité de l’Islam d’un individu se manifeste par sa capacité à se détourner de ce qui ne lui apporte aucun bien religieux ou mondain. REPÈRES • Ce principe englobe les paroles, les actes et les pensées. • S’occuper de ce qui ne nous concerne pas conduit à la dispersion du cœur. • Le temps et l’énergie sont des dépôts à préserver. • La perfection de l’Islam se mesure à la maîtrise de soi. À RETENIR • Filtrer ses paroles et ses actes. • Préserver son temps de la futilité. • Se concentrer sur ce qui rapproche d’Allah. • Comprendre que le silence peut être une adoration. HADITH 13 — L’amour pour son frère Références : Abū Ḥamzah Anas ibn Mālik رضي الله عنه · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE لَا يُؤْمِنُ أَحَدُكُمْ حَتَّى يُحِبَّ لِأَخِيهِ مَا يُحِبُّ لِنَفْسِهِ TRADUCTION FRANÇAISE Nul d’entre vous ne sera véritablement croyant tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith établit un **critère de perfection de la foi** : l’altruisme sincère. La foi ne se limite pas à une relation individuelle avec Allah ; elle s’exprime aussi dans la manière dont le croyant souhaite le bien pour autrui. REPÈRES • La négation de la foi ici concerne la **perfection** de la foi, non son existence. • « Son frère » inclut le frère musulman, et, par extension éthique, le bien envers les autres. • Aimer pour autrui implique de vouloir pour lui le bien religieux et mondain. • La jalousie, l’envie et la rancœur contredisent ce principe. À RETENIR • Purifier le cœur de l’envie. • Se réjouir du bien accordé aux autres. • Comprendre que l’amour sincère renforce la fraternité. • Mesurer sa foi à l’état de son cœur envers les autres. HADITH 14 — L’inviolabilité du sang Références : ‘Abdullāh ibn Mas‘ūd رضي الله عنه · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE لَا يَحِلُّ دَمُ امْرِئٍ مُسْلِمٍ يَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنِّي رَسُولُ اللَّهِ إِلَّا بِإِحْدَى ثَلَاثٍ: الثَّيِّبُ الزَّانِي، وَالنَّفْسُ بِالنَّفْسِ، وَالتَّارِكُ لِدِينِهِ الْمُفَارِقُ لِلْجَمَاعَةِ TRADUCTION FRANÇAISE Il n’est pas permis de verser le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que je suis le Messager d’Allah, sauf dans l’un des trois cas suivants : la personne mariée coupable d’adultère, la vie pour la vie, et celui qui abandonne sa religion et se sépare de la communauté. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith affirme avec force le **caractère sacré de la vie humaine en Islam**. Le sang du musulman est inviolable, et aucune atteinte ne peut être portée sans un droit clairement établi par la loi divine. REPÈRES • La préservation de la vie fait partie des objectifs majeurs de la Sharī‘a. • Les exceptions mentionnées relèvent de l’autorité légitime et de la justice établie, non des individus. • L’application des peines légales est strictement encadrée par des conditions rigoureuses. • Le Prophète ﷺ ferme ainsi la porte au chaos et à l’injustice. À RETENIR • Mesurer la gravité extrême de l’atteinte à la vie humaine. • Comprendre que la justice ne peut être rendue que par une autorité compétente. • Rejeter toute forme de violence illégitime. • Reconnaître la sagesse de la loi islamique dans la protection de la société. HADITH 15 — La bonne parole et le bon comportement Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE مَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيَقُلْ خَيْرًا أَوْ لِيَصْمُتْ، وَمَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيُكْرِمْ جَارَهُ، وَمَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيُكْرِمْ ضَيْفَهُ TRADUCTION FRANÇAISE Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier dise du bien ou se taise. Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier honore son voisin. Et que celui qui croit en Allah et au Jour dernier honore son hôte. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith relie la foi authentique à des **comportements concrets** : la maîtrise de la parole, le respect du voisinage et l’hospitalité. La foi ne se limite pas au cœur ; elle s’exprime par l’éthique quotidienne. REPÈRES • La parole est un acte soumis à la responsabilité religieuse. • Le silence est préférable lorsque la parole ne comporte pas de bien. • Le voisin, quel que soit son statut, a des droits reconnus. • L’hospitalité fait partie des nobles caractères encouragés par l’Islam. À RETENIR • Surveiller sa langue est une protection de la foi. • Le bon comportement envers autrui est un signe de croyance sincère. • L’Islam valorise la vie sociale fondée sur le respect et la générosité. • La foi se manifeste dans les détails du quotidien. HADITH 16 — La maîtrise de la colère Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Al-Bukhārī TEXTE ARABE عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ أَنَّ رَجُلًا قَالَ لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: أَوْصِنِي. قَالَ: لَا تَغْضَبْ. فَرَدَّدَ مِرَارًا، قَالَ: لَا تَغْضَبْ. TRADUCTION FRANÇAISE Un homme dit au Prophète ﷺ : « Conseille-moi. » Il répondit : « Ne te mets pas en colère. » Il répéta plusieurs fois sa demande, et le Prophète ﷺ lui dit à chaque fois : « Ne te mets pas en colère. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith met en lumière l’importance de la **maîtrise de soi**, en particulier face à la colère, qui est l’une des causes majeures des péchés et des ruptures sociales. Le Prophète ﷺ a résumé un vaste bien dans un conseil concis. REPÈRES • La répétition indique l’importance et la portée universelle du conseil. • La colère peut être une porte vers l’injustice, l’agression et le regret. • L’Islam encourage à traiter la cause de la colère, pas seulement ses effets. • La maîtrise de la colère est un signe de force intérieure, non de faiblesse. À RETENIR • Chercher refuge auprès d’Allah contre la colère. • Changer de posture ou s’éloigner de la situation provoquante. • Se rappeler les conséquences de la colère incontrôlée. • Cultiver la patience et la douceur dans les relations. HADITH 17 — La bienfaisance en toute chose Références : Abū Ya‘lā Shaddād ibn Aws رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE إِنَّ اللَّهَ كَتَبَ الْإِحْسَانَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ، فَإِذَا قَتَلْتُمْ فَأَحْسِنُوا الْقِتْلَةَ، وَإِذَا ذَبَحْتُمْ فَأَحْسِنُوا الذِّبْحَةَ، وَلْيُحِدَّ أَحَدُكُمْ شَفْرَتَهُ، وَلْيُرِحْ ذَبِيحَتَهُ TRADUCTION FRANÇAISE Allah a prescrit la bienfaisance en toute chose. Ainsi, lorsque vous tuez, faites-le de la meilleure manière ; et lorsque vous égorgez, faites-le de la meilleure manière. Que chacun d’entre vous aiguise sa lame et apaise la bête qu’il égorge. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith établit un principe universel : **l’iḥsān (la bienfaisance, l’excellence)** doit accompagner toute action du croyant, même dans les situations les plus difficiles. L’Islam ne tolère ni la cruauté ni la négligence. REPÈRES • L’iḥsān est une obligation générale, non une option morale. • Même lorsque la loi autorise un acte difficile, la manière d’agir reste encadrée par la miséricorde. • La Sharī‘a vise à réduire la souffrance et à préserver la dignité. • La précision des consignes prophétiques montre la perfection de l’éthique islamique. À RETENIR • Agir avec excellence dans toutes les situations. • Rejeter toute brutalité inutile. • Comprendre que la miséricorde est au cœur de la loi islamique. • Faire de la qualité de l’action une forme d’adoration. HADITH 18 — La piété et le bon comportement Références : Abū Dharr Jundub ibn Junādah et Abū ‘Abd ar-Raḥmān Mu‘ādh ibn Jabal رضي الله عنهما · At-Tirmidhī (hadith حسن) TEXTE ARABE اتَّقِ اللَّهَ حَيْثُمَا كُنْتَ، وَأَتْبِعِ السَّيِّئَةَ الْحَسَنَةَ تَمْحُهَا، وَخَالِقِ النَّاسَ بِخُلُقٍ حَسَنٍ TRADUCTION FRANÇAISE Crains Allah où que tu sois, fais suivre la mauvaise action d’une bonne qui l’effacera, et comporte-toi avec les gens avec un bon comportement. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith réunit trois principes majeurs de la vie du croyant : la **piété constante**, la **réparation des fautes par le bien**, et la **noblesse du comportement** envers autrui. Il résume un programme de rectitude intérieure et sociale. REPÈRES • La piété (*taqwā*) est requise en tout lieu et en toute circonstance. • Les bonnes œuvres effacent les mauvaises, par la miséricorde d’Allah. • Le bon comportement est une partie intégrante de la religion, non un simple supplément. • La relation avec Allah et la relation avec les créatures sont indissociables. À RETENIR • Veiller à Allah dans le secret comme en public. • Ne pas désespérer après une faute, mais la réparer par le bien. • Cultiver la douceur, la patience et la bienveillance. • Comprendre que l’éthique est un pilier de la foi vécue. HADITH 19 — La protection d’Allah et la confiance en Lui Références : Abū al-‘Abbās ‘Abdullāh ibn ‘Abbās رضي الله عنهما · At-Tirmidhī (hadith حسن صحيح) TEXTE ARABE يَا غُلَامُ، إِنِّي أُعَلِّمُكَ كَلِمَاتٍ: احْفَظِ اللَّهَ يَحْفَظْكَ، احْفَظِ اللَّهَ تَجِدْهُ تُجَاهَكَ، إِذَا سَأَلْتَ فَاسْأَلِ اللَّهَ، وَإِذَا اسْتَعَنْتَ فَاسْتَعِنْ بِاللَّهِ، وَاعْلَمْ أَنَّ الْأُمَّةَ لَوِ اجْتَمَعَتْ عَلَى أَنْ يَنْفَعُوكَ بِشَيْءٍ لَمْ يَنْفَعُوكَ إِلَّا بِشَيْءٍ قَدْ كَتَبَهُ اللَّهُ لَكَ، وَلَوِ اجْتَمَعُوا عَلَى أَنْ يَضُرُّوكَ بِشَيْءٍ لَمْ يَضُرُّوكَ إِلَّا بِشَيْءٍ قَدْ كَتَبَهُ اللَّهُ عَلَيْكَ، رُفِعَتِ الْأَقْلَامُ وَجَفَّتِ الصُّحُفُ TRADUCTION FRANÇAISE Ô jeune homme, je vais t’enseigner quelques paroles : Préserve les commandements d’Allah, Il te préservera. Préserve les commandements d’Allah, tu Le trouveras devant toi. Lorsque tu demandes, demande à Allah ; lorsque tu cherches secours, cherche secours auprès d’Allah. Sache que si la communauté entière se réunissait pour t’apporter un bien, elle ne pourrait te l’apporter que si Allah l’a déjà décrété pour toi. Et si elle se réunissait pour te nuire, elle ne pourrait te nuire que par ce qu’Allah a déjà décrété contre toi. Les plumes sont levées et les pages sont sèches. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith est une **leçon fondatrice de tawḥīd et de confiance**. Le Prophète ﷺ enseigne à Ibn ‘Abbās, alors jeune, les règles essentielles du rapport à Allah : l’obéissance, la dépendance exclusive, et la certitude dans le décret divin. REPÈRES • Préserver les commandements d’Allah signifie respecter Ses limites et Ses obligations. • La protection d’Allah est proportionnelle à l’obéissance du serviteur. • La demande et la recherche d’aide sont des actes d’adoration. • Le décret divin est déjà écrit et nul ne peut le contrecarrer. À RETENIR • Construire sa relation avec Allah sur l’obéissance et la confiance. • Se libérer de la peur excessive des créatures. • Comprendre que les causes n’agissent que par la permission d’Allah. • Éduquer les jeunes sur les fondements de la foi et du tawḥīd. HADITH 20 — La pudeur Références : Abū Mas‘ūd ‘Uqbah ibn ‘Amr al-Anṣārī رضي الله عنه · Al-Bukhārī TEXTE ARABE إِنَّ مِمَّا أَدْرَكَ النَّاسُ مِنْ كَلَامِ النُّبُوَّةِ الْأُولَى: إِذَا لَمْ تَسْتَحِ فَاصْنَعْ مَا شِئْتَ TRADUCTION FRANÇAISE Parmi les paroles issues des premières prophéties que les gens ont retenues, il y a ceci : « Si tu n’éprouves aucune pudeur, fais alors ce que tu veux. » 4] CHARḤ — EXPLICATION (purifiée) EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith met en évidence la **pudeur (*ḥayā’*)** comme un principe moral universel transmis par toutes les prophéties. La pudeur agit comme un **frein intérieur** qui empêche l’individu de tomber dans le mal. REPÈRES • La pudeur fait partie de la foi et en est un signe. • L’absence de pudeur mène à la transgression sans retenue. • Cette parole peut être comprise comme un avertissement : celui qui perd la pudeur se permet tout. • La pudeur englobe la relation avec Allah et avec les créatures. À RETENIR • Cultiver la pudeur protège la foi et le comportement. • La pudeur guide vers le bien et éloigne du mal. • La perte de pudeur est un signe de décadence morale. • La pudeur est une qualité noble encouragée par l’Islam. HADITH 21 — La droiture Références : Abū ‘Amr — ou Abū ‘Amrah — Sufyān ibn ‘Abdillāh ath-Thaqafī رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE قُلْتُ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، قُلْ لِي فِي الْإِسْلَامِ قَوْلًا لَا أَسْأَلُ عَنْهُ أَحَدًا غَيْرَكَ. قَالَ: قُلْ: آمَنْتُ بِاللَّهِ، ثُمَّ اسْتَقِمْ TRADUCTION FRANÇAISE Je dis : « Ô Messager d’Allah, dis-moi au sujet de l’Islam une parole après laquelle je n’aurai besoin d’interroger personne d’autre que toi. » Il répondit : « Dis : “Je crois en Allah”, puis sois droit. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith résume la religion en deux éléments indissociables : **la foi authentique** et **la droiture constante**. Croire ne suffit pas sans persévérance dans l’obéissance et l’éloignement des interdits. REPÈRES • La foi (*īmān*) est une affirmation du cœur, de la langue et des actes. • La droiture (*istiqāmah*) consiste à rester ferme sur l’obéissance sans déviation. • La constance est plus aimée d’Allah que l’excès ponctuel. • La droiture englobe les actes apparents et l’état intérieur. À RETENIR • Simplifier la religion sans en altérer la profondeur. • Viser la constance plutôt que la performance éphémère. • Se rappeler que la droiture est un chemin quotidien. • Demander à Allah l’aide pour rester ferme sur la voie. HADITH 22 — La voie vers le Paradis Références : Abū ‘Abdillāh Jābir ibn ‘Abdillāh رضي الله عنهما · Muslim TEXTE ARABE أَنَّ رَجُلًا سَأَلَ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ: أَرَأَيْتَ إِذَا صَلَّيْتُ الصَّلَوَاتِ الْمَكْتُوبَاتِ، وَصُمْتُ رَمَضَانَ، وَأَحْلَلْتُ الْحَلَالَ، وَحَرَّمْتُ الْحَرَامَ، وَلَمْ أَزِدْ عَلَى ذَلِكَ شَيْئًا، أَأَدْخُلُ الْجَنَّةَ؟ قَالَ: نَعَمْ TRADUCTION FRANÇAISE Un homme interrogea le Messager d’Allah ﷺ en disant : « Dis-moi, si j’accomplis les prières obligatoires, si je jeûne le mois de Ramaḍān, si je considère licite ce qui est licite et illicite ce qui est illicite, sans rien ajouter à cela, entrerai-je au Paradis ? » Il répondit : « Oui. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith montre la **miséricorde et la simplicité** de la voie menant au Paradis. L’accomplissement sincère des obligations et le respect des interdictions suffisent pour obtenir la réussite, sans qu’il soit nécessaire d’accomplir des œuvres surérogatoires. REPÈRES • Les obligations sont prioritaires sur les œuvres recommandées. • Déclarer licite et illicite signifie **agir** conformément à la législation, non simplement en avoir la conviction. • Les actes surérogatoires complètent et élèvent le rang, mais ne sont pas une condition d’entrée au Paradis. • La religion est fondée sur la facilité et l’équilibre. À RETENIR • Se concentrer d’abord sur les obligations religieuses. • Ne pas mépriser les actes simples accomplis avec sincérité. • Comprendre que la réussite réside dans l’obéissance constante. • Espérer la miséricorde d’Allah sans négliger les devoirs. HADITH 23 — Les œuvres multiples et la porte du bien Références : Abū Dharr al-Ghifārī رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE قَالَ نَاسٌ مِنْ أَصْحَابِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، ذَهَبَ أَهْلُ الدُّثُورِ بِالْأُجُورِ، يُصَلُّونَ كَمَا نُصَلِّي، وَيَصُومُونَ كَمَا نَصُومُ، وَيَتَصَدَّقُونَ بِفُضُولِ أَمْوَالِهِمْ. قَالَ: أَوَلَيْسَ قَدْ جَعَلَ اللَّهُ لَكُمْ مَا تَصَدَّقُونَ؟ إِنَّ بِكُلِّ تَسْبِيحَةٍ صَدَقَةً، وَكُلِّ تَكْبِيرَةٍ صَدَقَةً، وَكُلِّ تَحْمِيدَةٍ صَدَقَةً، وَكُلِّ تَهْلِيلَةٍ صَدَقَةً، وَأَمْرٌ بِمَعْرُوفٍ صَدَقَةٌ، وَنَهْيٌ عَنْ مُنْكَرٍ صَدَقَةٌ، وَفِي بُضْعِ أَحَدِكُمْ صَدَقَةٌ. قَالُوا: يَا رَسُولَ اللَّهِ، أَيَأْتِي أَحَدُنَا شَهْوَتَهُ وَيَكُونُ لَهُ فِيهَا أَجْرٌ؟ قَالَ: أَرَأَيْتُمْ لَوْ وَضَعَهَا فِي حَرَامٍ أَكَانَ عَلَيْهِ وِزْرٌ؟ فَكَذَلِكَ إِذَا وَضَعَهَا فِي الْحَلَالِ كَانَ لَهُ أَجْرٌ. TRADUCTION FRANÇAISE Des gens parmi les compagnons du Prophète ﷺ dirent au Prophète ﷺ : « Ô Messager d’Allah, les gens fortunés ont remporté les récompenses : ils prient comme nous prions, ils jeûnent comme nous jeûnons, et ils donnent en aumône l’excédent de leurs richesses. » Il répondit : « Allah ne vous a-t-Il pas donné de quoi faire l’aumône ? Chaque tasbīḥa est une aumône, chaque takbīra est une aumône, chaque taḥmīda est une aumône, chaque tahlīla est une aumône. Ordonner le bien est une aumône, interdire le mal est une aumône, et dans le rapport intime de l’un d’entre vous se trouve une aumône. » Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, l’un de nous assouvit son désir et il y aurait pour lui une récompense ? » Il répondit : « Voyez-vous, s’il l’assouvissait dans l’illicite, n’aurait-il pas un péché ? De même, lorsqu’il l’assouvit dans le licite, il obtient une récompense. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith élargit la compréhension des œuvres méritoires. Il montre que **les portes du bien sont nombreuses** et accessibles à tous, riches comme pauvres. La valeur de l’acte dépend de l’intention et de sa conformité à la législation. REPÈRES • Les actes d’adoration ne se limitent pas aux biens matériels. • Le rappel d’Allah est une aumône permanente. • Les actions sociales positives sont des formes de charité. • Les actes naturels deviennent méritoires lorsqu’ils sont accomplis dans le cadre licite et avec une intention droite. À RETENIR • Ne pas sous-estimer les petites œuvres. • Multiplier les occasions de bien au quotidien. • Comprendre que la religion est équilibrée et réaliste. • Donner une intention pieuse aux actes ordinaires. HADITH 24 — L’injustice est interdite Références : Abū Dharr al-Ghifārī رضي الله عنه · Muslim (ḥadith qudsī) TEXTE ARABE يَا عِبَادِي، إِنِّي حَرَّمْتُ الظُّلْمَ عَلَى نَفْسِي، وَجَعَلْتُهُ بَيْنَكُمْ مُحَرَّمًا، فَلَا تَظَالَمُوا. يَا عِبَادِي، كُلُّكُمْ ضَالٌّ إِلَّا مَنْ هَدَيْتُهُ، فَاسْتَهْدُونِي أَهْدِكُمْ. يَا عِبَادِي، كُلُّكُمْ جَائِعٌ إِلَّا مَنْ أَطْعَمْتُهُ، فَاسْتَطْعِمُونِي أُطْعِمْكُمْ. يَا عِبَادِي، كُلُّكُمْ عَارٍ إِلَّا مَنْ كَسَوْتُهُ، فَاسْتَكْسُونِي أَكْسُكُمْ. يَا عِبَادِي، إِنَّكُمْ تُخْطِئُونَ بِاللَّيْلِ وَالنَّهَارِ، وَأَنَا أَغْفِرُ الذُّنُوبَ جَمِيعًا، فَاسْتَغْفِرُونِي أَغْفِرْ لَكُمْ. يَا عِبَادِي، إِنَّكُمْ لَنْ تَبْلُغُوا ضُرِّي فَتَضُرُّونِي، وَلَنْ تَبْلُغُوا نَفْعِي فَتَنْفَعُونِي. يَا عِبَادِي، لَوْ أَنَّ أَوَّلَكُمْ وَآخِرَكُمْ وَإِنْسَكُمْ وَجِنَّكُمْ كَانُوا عَلَى أَتْقَى قَلْبِ رَجُلٍ وَاحِدٍ مِنْكُمْ مَا زَادَ ذَلِكَ فِي مُلْكِي شَيْئًا، وَلَوْ أَنَّ أَوَّلَكُمْ وَآخِرَكُمْ وَإِنْسَكُمْ وَجِنَّكُمْ كَانُوا عَلَى أَفْجَرِ قَلْبِ رَجُلٍ وَاحِدٍ مِنْكُمْ مَا نَقَصَ ذَلِكَ مِنْ مُلْكِي شَيْئًا. يَا عِبَادِي، لَوْ أَنَّ أَوَّلَكُمْ وَآخِرَكُمْ وَإِنْسَكُمْ وَجِنَّكُمْ قَامُوا فِي صَعِيدٍ وَاحِدٍ فَسَأَلُونِي، فَأَعْطَيْتُ كُلَّ إِنْسَانٍ مَسْأَلَتَهُ، مَا نَقَصَ ذَلِكَ مِمَّا عِنْدِي إِلَّا كَمَا يَنْقُصُ الْمِخْيَطُ إِذَا أُدْخِلَ الْبَحْرَ. يَا عِبَادِي، إِنَّمَا هِيَ أَعْمَالُكُمْ أُحْصِيهَا لَكُمْ، ثُمَّ أُوَفِّيكُمْ إِيَّاهَا، فَمَنْ وَجَدَ خَيْرًا فَلْيَحْمَدِ اللَّهَ، وَمَنْ وَجَدَ غَيْرَ ذَلِكَ فَلَا يَلُومَنَّ إِلَّا نَفْسَهُ. TRADUCTION FRANÇAISE Ô Mes serviteurs, Je Me suis interdit l’injustice à Moi-même et Je l’ai rendue interdite entre vous ; ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous égarés sauf ceux que Je guide ; demandez-Moi donc la guidée et Je vous guiderai. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous affamés sauf ceux que Je nourris ; demandez-Moi donc la nourriture et Je vous nourrirai. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous nus sauf ceux que Je vêtis ; demandez-Moi donc de vous vêtir et Je vous vêtirai. Ô Mes serviteurs, vous commettez des fautes nuit et jour, et Je pardonne tous les péchés ; demandez-Moi pardon et Je vous pardonnerai. Ô Mes serviteurs, vous ne pourrez jamais Me nuire ni Me profiter. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d’entre vous, les humains et les djinns, avaient le cœur le plus pieux d’un seul homme parmi vous, cela n’ajouterait rien à Mon royaume ; et s’ils avaient le cœur le plus pervers d’un seul homme, cela n’en diminuerait rien. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d’entre vous, les humains et les djinns, se tenaient tous en un même lieu et Me demandaient, et que Je donnais à chacun ce qu’il demandait, cela ne diminuerait rien de ce que Je possède, pas plus que l’aiguille plongée dans la mer ne diminue la mer. Ô Mes serviteurs, ce ne sont là que vos œuvres que Je recense pour vous, puis Je vous en donnerai la rétribution. Que celui qui trouve du bien loue Allah, et que celui qui trouve autre chose ne blâme que lui-même. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith qudsī établit des principes fondamentaux : l’**interdiction absolue de l’injustice**, la **dépendance totale des créatures envers Allah**, l’**immensité de Sa miséricorde** et la **responsabilité individuelle** dans les actes. REPÈRES • Allah est exempt de toute injustice et l’a interdite à Ses serviteurs. • La guidée, la subsistance et le pardon ne proviennent que d’Allah. • Les actes des créatures n’augmentent ni ne diminuent la souveraineté divine. • La rétribution est parfaitement juste et fondée sur les œuvres personnelles. À RETENIR • S’éloigner de toute forme d’injustice, même minime. • Multiplier les demandes à Allah, Source de tout bien. • Ne pas désespérer face aux péchés, mais revenir par le repentir. • Se tenir responsable de ses choix et de ses actes. HADITH 25 — Les voies simples de la charité Références : Abū Dharr al-Ghifārī رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: تُصْبِحُ عَلَى كُلِّ سُلَامَى مِنْ أَحَدِكُمْ صَدَقَةٌ، فَكُلُّ تَسْبِيحَةٍ صَدَقَةٌ، وَكُلُّ تَحْمِيدَةٍ صَدَقَةٌ، وَكُلُّ تَهْلِيلَةٍ صَدَقَةٌ، وَكُلُّ تَكْبِيرَةٍ صَدَقَةٌ، وَأَمْرٌ بِمَعْرُوفٍ صَدَقَةٌ، وَنَهْيٌ عَنْ مُنْكَرٍ صَدَقَةٌ، وَيُجْزِئُ مِنْ ذَلِكَ رَكْعَتَانِ يَرْكَعُهُمَا مِنَ الضُّحَى TRADUCTION FRANÇAISE Le Messager d’Allah ﷺ a dit : Chaque articulation de l’un d’entre vous doit accomplir une aumône chaque matin. Chaque glorification d’Allah est une aumône, chaque louange est une aumône, chaque proclamation de Son unicité est une aumône, chaque exaltation est une aumône. Ordonner le bien est une aumône, interdire le mal est une aumône. Et deux unités de prière accomplies le matin (la prière du *ḍuḥā*) suffisent à cela. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith met en lumière la **générosité de la législation islamique** : chaque jour, le croyant dispose de nombreuses occasions de charité, accessibles à tous, indépendamment des moyens matériels. REPÈRES • Le corps humain est un bienfait qui appelle la reconnaissance quotidienne. • Le rappel d’Allah est compté comme une aumône. • Les actes sociaux bénéfiques sont des formes de charité. • La prière du *ḍuḥā* compense l’ensemble de ces aumônes quotidiennes. À RETENIR • Reconnaître les bienfaits d’Allah par des actes réguliers. • Multiplier les occasions de bien dans la vie quotidienne. • Comprendre que la religion facilite l’accès aux récompenses. • Valoriser les œuvres simples et constantes. HADITH 26 — Les multiples formes de charité Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: كُلُّ سُلَامَى مِنَ النَّاسِ عَلَيْهِ صَدَقَةٌ كُلَّ يَوْمٍ تَطْلُعُ فِيهِ الشَّمْسُ، تَعْدِلُ بَيْنَ الِاثْنَيْنِ صَدَقَةٌ، وَتُعِينُ الرَّجُلَ فِي دَابَّتِهِ فَتَحْمِلُهُ عَلَيْهَا أَوْ تَرْفَعُ لَهُ عَلَيْهَا مَتَاعَهُ صَدَقَةٌ، وَالْكَلِمَةُ الطَّيِّبَةُ صَدَقَةٌ، وَبِكُلِّ خُطْوَةٍ تَمْشِيهَا إِلَى الصَّلَاةِ صَدَقَةٌ، وَتُمِيطُ الْأَذَى عَنِ الطَّرِيقِ صَدَقَةٌ TRADUCTION FRANÇAISE Le Messager d’Allah ﷺ a dit : Chaque articulation des gens doit accomplir une aumône chaque jour où le soleil se lève. Rendre la justice entre deux personnes est une aumône. Aider un homme à monter sur sa monture ou à y hisser ses biens est une aumône. La bonne parole est une aumône. Chaque pas que tu fais vers la prière est une aumône. Ôter un obstacle du chemin est une aumône. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith montre que la charité en Islam dépasse largement l’aumône matérielle. **Chaque acte bénéfique**, aussi simple soit-il, peut devenir une charité lorsqu’il profite aux autres et est accompli pour Allah. REPÈRES • La charité est quotidienne et accessible à tous. • La justice sociale est considérée comme un acte de bienfaisance. • L’entraide pratique fait partie de la charité. • Les actes de déplacement vers l’adoration sont comptés comme œuvres méritoires. • La préservation de l’espace public est une responsabilité morale. À RETENIR • Voir le bien dans les gestes simples. • Transformer la vie quotidienne en adoration. • Participer activement au bien-être collectif. • Multiplier les intentions sincères dans les actes ordinaires. HADITH 27 — La piété et la conscience intérieure Références : an-Nawwās ibn Sam‘ān رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE الْبِرُّ حُسْنُ الْخُلُقِ، وَالْإِثْمُ مَا حَاكَ فِي نَفْسِكَ، وَكَرِهْتَ أَنْ يَطَّلِعَ عَلَيْهِ النَّاسُ TRADUCTION FRANÇAISE La piété consiste dans le bon comportement. Et le péché est ce qui trouble ton âme et que tu n’aimerais pas que les gens découvrent. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith relie la piété (*al-birr*) à la **qualité du caractère** et définit le péché par son **impact intérieur** sur la conscience. Il met en avant le rôle du cœur sain comme boussole morale. REPÈRES • La piété englobe les actes extérieurs et l’état intérieur. • Le bon comportement est une manifestation concrète de la piété. • Le péché laisse une trace de gêne et de trouble dans le cœur du croyant. • La pudeur vis-à-vis d’Allah et des gens est un indicateur de droiture. À RETENIR • Évaluer ses actes à l’aune de leur effet sur le cœur. • Cultiver un caractère noble comme voie vers la piété. • Se méfier de ce qui trouble la conscience, même en l’absence de regard extérieur. • Faire du cœur un critère vivant de discernement moral. HADITH 28 — L’attachement à la Sunnah Références : Abū Najīḥ al-‘Irbāḍ ibn Sāriyah رضي الله عنه · Abū Dāwūd et At-Tirmidhī (hadith حسن صحيح) TEXTE ARABE وَعَظَنَا رَسُولُ اللَّهِ ﷺ مَوْعِظَةً بَلِيغَةً، وَجِلَتْ مِنْهَا الْقُلُوبُ، وَذَرَفَتْ مِنْهَا الْعُيُونُ، فَقُلْنَا: يَا رَسُولَ اللَّهِ، كَأَنَّهَا مَوْعِظَةُ مُوَدِّعٍ، فَأَوْصِنَا. قَالَ: أُوصِيكُمْ بِتَقْوَى اللَّهِ، وَالسَّمْعِ وَالطَّاعَةِ وَإِنْ تَأَمَّرَ عَلَيْكُمْ عَبْدٌ، فَإِنَّهُ مَنْ يَعِشْ مِنْكُمْ فَسَيَرَى اخْتِلَافًا كَثِيرًا، فَعَلَيْكُمْ بِسُنَّتِي، وَسُنَّةِ الْخُلَفَاءِ الرَّاشِدِينَ الْمَهْدِيِّينَ، تَمَسَّكُوا بِهَا، وَعَضُّوا عَلَيْهَا بِالنَّوَاجِذِ، وَإِيَّاكُمْ وَمُحْدَثَاتِ الْأُمُورِ، فَإِنَّ كُلَّ مُحْدَثَةٍ بِدْعَةٌ، وَكُلَّ بِدْعَةٍ ضَلَالَةٌ TRADUCTION FRANÇAISE Le Messager d’Allah ﷺ nous adressa une exhortation éloquente qui fit frémir les cœurs et couler les larmes des yeux. Nous dîmes : « Ô Messager d’Allah, on dirait une exhortation d’adieu ; conseille-nous donc. » Il dit : « Je vous recommande la crainte d’Allah, l’écoute et l’obéissance, même si celui qui vous gouverne est un esclave. Celui d’entre vous qui vivra verra de nombreuses divergences. Attachez-vous alors à ma Sunnah et à la Sunnah des califes bien guidés après moi ; tenez-vous-y fermement et mordez-y avec vos molaires. Et prenez garde aux innovations, car toute innovation est une innovation blâmable, et toute innovation blâmable est un égarement. » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith est un **testament prophétique**. Il met en garde contre les divergences futures et donne la clé de la sauvegarde : **l’attachement ferme à la Sunnah** du Prophète ﷺ et à celle de ses califes bien guidés. REPÈRES • Les exhortations prophétiques visent à réveiller les cœurs. • La crainte d’Allah est le fondement de toute droiture. • L’obéissance légitime vise la préservation de l’unité et de l’ordre. • La Sunnah constitue un repère face aux divergences. • Les innovations religieuses sont la cause majeure de l’égarement. À RETENIR • Se préparer aux divergences par la connaissance et la Sunnah. • Donner la priorité à la voie prophétique sur les opinions. • Comprendre que la fermeté sur la vérité est une miséricorde. • Rejeter les nouveautés religieuses non fondées. HADITH 29 — Les causes du Paradis et de l’Enfer Références : Mu‘ādh ibn Jabal رضي الله عنه · At-Tirmidhī (hadith حسن صحيح) TEXTE ARABE قُلْتُ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، أَخْبِرْنِي بِعَمَلٍ يُدْخِلُنِي الْجَنَّةَ وَيُبَاعِدُنِي مِنَ النَّارِ. قَالَ: لَقَدْ سَأَلْتَ عَنْ عَظِيمٍ، وَإِنَّهُ لَيَسِيرٌ عَلَى مَنْ يَسَّرَهُ اللَّهُ عَلَيْهِ: تَعْبُدُ اللَّهَ وَلَا تُشْرِكُ بِهِ شَيْئًا، وَتُقِيمُ الصَّلَاةَ، وَتُؤْتِي الزَّكَاةَ، وَتَصُومُ رَمَضَانَ، وَتَحُجُّ الْبَيْتَ. ثُمَّ قَالَ: أَلَا أَدُلُّكَ عَلَى أَبْوَابِ الْخَيْرِ؟ الصَّوْمُ جُنَّةٌ، وَالصَّدَقَةُ تُطْفِئُ الْخَطِيئَةَ كَمَا يُطْفِئُ الْمَاءُ النَّارَ، وَصَلَاةُ الرَّجُلِ فِي جَوْفِ اللَّيْلِ… ثُمَّ قَالَ: أَلَا أُخْبِرُكَ بِرَأْسِ الْأَمْرِ، وَعَمُودِهِ، وَذِرْوَةِ سَنَامِهِ؟ قُلْتُ: بَلَى يَا رَسُولَ اللَّهِ. قَالَ: رَأْسُ الْأَمْرِ الْإِسْلَامُ، وَعَمُودُهُ الصَّلَاةُ، وَذِرْوَةُ سَنَامِهِ الْجِهَادُ. ثُمَّ قَالَ: أَلَا أُخْبِرُكَ بِمِلَاكِ ذَلِكَ كُلِّهِ؟ قُلْتُ: بَلَى. فَأَخَذَ بِلِسَانِهِ وَقَالَ: كُفَّ عَلَيْكَ هَذَا. قُلْتُ: يَا نَبِيَّ اللَّهِ، وَإِنَّا لَمُؤَاخَذُونَ بِمَا نَتَكَلَّمُ بِهِ؟ قَالَ: ثَكِلَتْكَ أُمُّكَ يَا مُعَاذُ! وَهَلْ يَكُبُّ النَّاسَ فِي النَّارِ عَلَى وُجُوهِهِمْ — أَوْ قَالَ: عَلَى مَنَاخِرِهِمْ — إِلَّا حَصَائِدُ أَلْسِنَتِهِمْ؟ TRADUCTION FRANÇAISE Je dis : « Ô Messager d’Allah, informe-moi d’une œuvre qui me fera entrer au Paradis et m’éloignera du Feu. » Il répondit : « Tu as interrogé au sujet d’une chose immense, mais elle est facile pour celui à qui Allah la facilite : adore Allah sans rien Lui associer, accomplis la prière, acquitte la zakāt, jeûne le mois de Ramaḍān et accomplis le pèlerinage à la Maison sacrée. » Puis il dit : « Ne veux-tu pas que je t’indique les portes du bien ? Le jeûne est une protection, l’aumône éteint les fautes comme l’eau éteint le feu, et la prière de l’homme au cœur de la nuit… » Puis il dit : « Ne veux-tu pas que je t’informe de la tête de l’affaire, de son pilier et de son sommet ? » Je dis : « Bien sûr, ô Messager d’Allah. » Il dit : « La tête de l’affaire est l’Islam, son pilier est la prière, et son sommet est le combat dans la voie d’Allah. » Puis il dit : « Ne veux-tu pas que je t’informe de ce qui maintient tout cela ? » Je dis : « Bien sûr. » Il prit alors sa langue et dit : « Retiens ceci. » Je dis : « Ô Prophète d’Allah, serons-nous réellement tenus responsables de ce que nous disons ? » Il répondit : « Que ta mère te perde, ô Mu‘ādh ! Qu’est-ce qui jette les gens sur leurs visages — ou sur leurs narines — dans le Feu, sinon les récoltes de leurs langues ? » EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith regroupe **l’essentiel de la religion** : les piliers, les œuvres majeures, les voies du bien, et le danger de la langue. Il montre que la réussite dépend autant des actes que de la **maîtrise de la parole**. REPÈRES • Les piliers constituent la base de l’Islam. • Les œuvres surérogatoires ouvrent des portes supplémentaires vers le bien. • La langue est l’un des membres les plus dangereux si elle n’est pas maîtrisée. • Le salut dépend de l’équilibre entre adoration, engagement et éthique. À RETENIR • Prioriser les obligations avant toute autre œuvre. • Multiplier les œuvres cachées, comme la prière nocturne. • Comprendre que la langue peut être cause de salut ou de perdition. • Se surveiller constamment dans ses paroles. HADITH 30 — Les limites d’Allah Références : Abū Tha‘labah al-Khushani رضي الله عنه · Ad-Dāraquṭnī et autres (hadith حسن) TEXTE ARABE إِنَّ اللَّهَ فَرَضَ فَرَائِضَ فَلَا تُضَيِّعُوهَا، وَحَدَّ حُدُودًا فَلَا تَعْتَدُوهَا، وَحَرَّمَ أَشْيَاءَ فَلَا تَنْتَهِكُوهَا، وَسَكَتَ عَنْ أَشْيَاءَ رَحْمَةً لَكُمْ غَيْرَ نِسْيَانٍ فَلَا تَبْحَثُوا عَنْهَا TRADUCTION FRANÇAISE Allah a imposé des obligations : ne les négligez pas. Il a fixé des limites : ne les transgressez pas. Il a interdit certaines choses : ne les violez pas. Et Il s’est tu au sujet d’autres choses, par miséricorde pour vous et non par oubli : ne cherchez donc pas à leur sujet. EXPLICATION (CHARḤ) Ce hadith pose un **cadre global de la législation islamique**. Il rappelle que la religion repose sur des obligations à accomplir, des limites à respecter, des interdits à éviter et des zones de silence volontaire destinées à préserver la facilité. REPÈRES • Les obligations sont des droits d’Allah sur Ses serviteurs. • Les limites (*ḥudūd*) protègent la société et l’individu. • Les interdits doivent être évités totalement. • Le silence de la législation est une miséricorde, non une lacune. • La recherche excessive dans ce qui n’est pas mentionné mène à la difficulté. À RETENIR • Appliquer la religion sans excès ni négligence. • Respecter les limites fixées par Allah. • Éviter la curiosité religieuse excessive. • Comprendre que la facilité fait partie de la sagesse divine. HADITH 31 — Le détachement du bas-monde Références : Abū al-‘Abbās Sahl ibn Sa‘d as-Sā‘idī رضي الله عنه · Ibn Mājah TEXTE ARABE ازْهَدْ فِي الدُّنْيَا يُحِبَّكَ اللَّهُ وَازْهَدْ فِيمَا عِنْدَ النَّاسِ يُحِبَّكَ النَّاسُ TRADUCTION FRANÇAISE Sois détaché du bas-monde, Allah t’aimera. Sois détaché de ce que possèdent les gens, les gens t’aimeront. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith expose un **principe fondamental de purification du cœur** : le **détachement (zuhd)**. Il ne s’agit pas de quitter le monde ni de renoncer aux biens, mais de **retirer le bas-monde du cœur**, même si les biens restent dans la main. Le Prophète ﷺ relie ici deux formes de détachement à deux formes d’amour : * le détachement du monde → **l’amour d’Allah**, * le détachement de ce que possèdent les gens → **l’amour des créatures**. 🔹 Compréhension du *zuhd* Les savants expliquent que le *zuhd* consiste à : * ne pas placer sa confiance dans ce monde, * ne pas être affecté par ce que l’on perd, * ne pas être excessivement réjoui par ce que l’on obtient. Le véritable ascète peut posséder des biens, mais : * son cœur n’en dépend pas, * il ne les recherche pas par avidité, * il ne les convoite pas chez autrui. 🔹 Pourquoi Allah aime le détachement du monde Le bas-monde est : * éphémère, * trompeur, * instable. Celui qui s’en détache montre : * qu’il préfère l’au-delà, * qu’il place sa confiance en Allah, * qu’il ne sacrifie pas sa religion pour un gain matériel. C’est pour cela qu’Allah l’aime. 🔹 Pourquoi les gens aiment celui qui se détache de leurs biens Lorsque quelqu’un : * ne convoite pas ce que possèdent les autres, * ne les jalouse pas, * ne cherche pas à profiter d’eux, alors : * les cœurs s’apaisent, * les relations deviennent saines, * la fraternité est préservée. La plupart des conflits humains naissent de la convoitise et de l’envie. 🔹 Équilibre à retenir Ce hadith **n’appelle pas à la pauvreté volontaire**, mais à : * la sobriété, * la modération, * la liberté intérieure. L’Islam ne condamne pas la richesse, mais **l’attachement excessif**. [5] LEÇONS À RETENIR * Le cœur doit être attaché à Allah, non au bas-monde * Le détachement apporte la paix intérieure * L’envie détruit les relations humaines * Le *zuhd* est une force spirituelle, non une faiblesse * Celui qui se suffit d’Allah est honoré par Allah et respecté par les gens EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 32 — L’interdiction du préjudice Références : Abū Sa‘īd al-Khudrī رضي الله عنه · Ibn Mājah TEXTE ARABE لَا ضَرَرَ وَلَا ضِرَارَ TRADUCTION FRANÇAISE Il n’y a ni préjudice à causer, ni préjudice à subir en retour. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith, bien que **très court**, est l’un des **piliers majeurs du droit islamique**. Il établit un principe fondamental : **toute forme de nuisance est interdite en Islam**, que cette nuisance soit initiale ou en réponse à une nuisance subie. Les savants ont fait de ce hadith une **règle juridique universelle**, applicable à tous les domaines : * religieux, * sociaux, * économiques, * familiaux. 🔹 Différence entre *ḍarar* et *ḍirār* Les savants expliquent : * **Ḍarar** : causer un préjudice **sans droit**, de manière directe. * **Ḍirār** : répondre à un préjudice par un autre préjudice, ou nuire intentionnellement pour se venger. Ainsi, le hadith interdit : * de nuire volontairement, * mais aussi de rendre le mal par le mal lorsque cela aggrave la situation. 🔹 Fondement des règles juridiques De ce hadith découlent plusieurs règles majeures du fiqh, parmi lesquelles : * le préjudice doit être supprimé, * le mal ne peut pas être éliminé par un mal équivalent ou plus grand, * la prévention du dommage prime sur la recherche du profit, * la nécessité permet certaines dérogations pour éviter un préjudice plus grave. C’est sur cette base que reposent de nombreuses décisions juridiques contemporaines. 🔹 Application dans la vie quotidienne Ce principe concerne : * les paroles blessantes, * les comportements injustes, * les abus d’autorité, * les atteintes aux biens, * les conflits familiaux, * les relations professionnelles. Le croyant ne se contente pas de dire : « On m’a fait du tort » Il cherche plutôt : * la justice, * la réparation, * sans injustice supplémentaire. 🔹 Sagesse de la législation L’Islam vise : * la préservation des personnes, * la stabilité de la société, * la réduction des conflits. En interdisant toute nuisance, même en réaction, la Sharī‘a ferme la porte à l’escalade des injustices. [5] LEÇONS À RETENIR * Toute nuisance est interdite en Islam * Le mal ne justifie pas le mal * La justice vise la réparation, non la vengeance * Prévenir un dommage est une priorité * Ce hadith est une base majeure du droit islamique EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 33 — La preuve et le serment Références : ‘Abdullāh ibn ‘Abbās رضي الله عنهما · Al-Bayhaqī et autres TEXTE ARABE الْبَيِّنَةُ عَلَى الْمُدَّعِي وَالْيَمِينُ عَلَى مَنْ أَنْكَرَ TRADUCTION FRANÇAISE La preuve incombe à celui qui prétend, et le serment incombe à celui qui nie. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith pose une **règle fondamentale de justice** sans laquelle aucune société ne peut fonctionner correctement. Il établit un principe simple mais décisif : **nul ne peut accuser sans preuve**, et **nul ne peut être condamné sur une simple parole**. Ce principe protège : * les biens, * les personnes, * les réputations, * la stabilité sociale. 🔹 Qui est le *demandeur* (*al-mudda‘ī*) ? Le *mudda‘ī* est celui qui : * avance une prétention, * réclame un droit, * accuse quelqu’un. C’est donc à lui : * d’apporter une preuve claire, * vérifiable, * reconnue juridiquement. Sans preuve, la prétention n’a aucune valeur légale. 🔹 Qui est celui qui nie (*al-munkir*) ? Celui qui nie est : * la personne mise en cause, * celle à qui l’on réclame quelque chose, * ou celle qui est accusée. S’il n’existe aucune preuve contre lui, il n’est tenu que de : * jurer par Allah pour confirmer sa parole. Cela montre que **la base est l’innocence**, non la culpabilité. 🔹 Types de preuves reconnues Selon la Sharī‘a, les preuves peuvent être : * des témoignages fiables, * des documents clairs, * des aveux explicites, * ou tout élément reconnu comme preuve valide par l’autorité compétente. Les soupçons, les rumeurs et les impressions n’ont **aucune valeur juridique**. 🔹 Sagesse de cette règle Sans ce principe : * les accusations se multiplieraient, * les injustices deviendraient courantes, * les conflits seraient permanents. Ce hadith : * ferme la porte aux abus, * protège les faibles, * empêche la manipulation des droits. C’est pourquoi les savants disent : Ce hadith constitue la moitié du système judiciaire. [5] LEÇONS À RETENIR * Toute accusation exige une preuve * L’innocence est la règle de base * Les soupçons ne font pas justice * La Sharī‘a protège les droits et les réputations * La justice repose sur la clarté, non sur l’émotion EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 34 — Changer le mal selon la capacité Références : Abū Sa‘īd al-Khudrī رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE مَنْ رَأَى مِنْكُمْ مُنْكَرًا فَلْيُغَيِّرْهُ بِيَدِهِ فَإِنْ لَمْ يَسْتَطِعْ فَبِلِسَانِهِ فَإِنْ لَمْ يَسْتَطِعْ فَبِقَلْبِهِ وَذَلِكَ أَضْعَفُ الْإِيمَانِ TRADUCTION FRANÇAISE Que celui d’entre vous qui voit un mal le change par la main ; s’il ne peut pas, alors par la parole ; et s’il ne peut pas, alors par le cœur, et cela constitue le degré le plus faible de la foi. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith établit une **responsabilité collective et individuelle** face au mal (*munkar*). Il montre que l’Islam n’est pas une religion de passivité, mais une religion d’**engagement mesuré**, guidé par la sagesse et la capacité réelle. Le Prophète ﷺ expose **trois niveaux d’intervention**, adaptés à la situation et à la personne. 🔹 Premier niveau : changer par la main Changer par la main signifie : * une action concrète, * une intervention directe. Ce niveau **n’est pas ouvert à tout le monde**. Il est réservé à ceux qui disposent : * d’une autorité légitime (parents, responsables, autorités), * ou d’un pouvoir reconnu, * et qui sont sûrs de ne pas engendrer un mal plus grand. Sans autorité ni capacité, ce niveau devient interdit s’il mène au chaos. 🔹 Deuxième niveau : changer par la parole Ce niveau concerne : * le conseil, * l’exhortation, * l’enseignement, * l’avertissement. Il est accessible à un plus grand nombre, mais reste soumis à des conditions : * sagesse, * douceur, * connaissance, * choix du bon moment. La parole qui provoque un mal plus grave contredit l’objectif du hadith. 🔹 Troisième niveau : rejeter par le cœur Lorsque l’action et la parole sont impossibles ou dangereuses, le croyant doit au minimum : * désapprouver intérieurement, * ne pas accepter le mal, * ne pas s’y habituer. Ce niveau est qualifié de **plus faible degré de la foi**, non parce qu’il est inutile, mais parce qu’il marque une **absence de capacité**, non un choix. 🔹 Principe fondamental à retenir Les savants ont déduit de ce hadith une règle essentielle : Le mal ne doit pas être combattu par un mal plus grand. Toute intervention doit être évaluée selon : * ses conséquences, * son efficacité réelle, * son impact global. [5] LEÇONS À RETENIR * Le croyant n’est pas passif face au mal * L’intervention dépend de la capacité et de l’autorité * La sagesse est une condition indispensable * Le rejet du mal commence dans le cœur * L’objectif est la réforme, non le désordre EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 35 — La fraternité et les droits du musulman Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE الْمُسْلِمُ أَخُو الْمُسْلِمِ لَا يَظْلِمُهُ وَلَا يَخْذُلُهُ وَلَا يَحْقِرُهُ التَّقْوَى هَاهُنَا — وَيُشِيرُ إِلَى صَدْرِهِ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ — بِحَسْبِ امْرِئٍ مِنَ الشَّرِّ أَنْ يَحْقِرَ أَخَاهُ الْمُسْلِمَ كُلُّ الْمُسْلِمِ عَلَى الْمُسْلِمِ حَرَامٌ دَمُهُ وَمَالُهُ وَعِرْضُهُ TRADUCTION FRANÇAISE Le musulman est le frère du musulman. Il ne l’opprime pas, ne l’abandonne pas et ne le méprise pas. La piété est ici — et il désigna sa poitrine à trois reprises. Il suffit comme mal pour une personne de mépriser son frère musulman. Tout ce qui appartient au musulman est inviolable pour un autre musulman : son sang, ses biens, et son honneur. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith établit les **fondements de la fraternité islamique**. Il ne s’agit pas d’un lien émotionnel superficiel, mais d’un **engagement moral, spirituel et juridique**. Le Prophète ﷺ définit ici : * les droits fondamentaux du musulman, * les interdictions majeures qui protègent la communauté, * et la place centrale de la piété du cœur. 🔹 « Le musulman est le frère du musulman » Cette fraternité repose sur : * la foi, * l’obéissance à Allah, * le lien spirituel. Elle est **plus forte que les liens tribaux ou ethniques**, et impose des devoirs concrets, non de simples paroles. 🔹 Trois interdictions majeures Le Prophète ﷺ mentionne trois interdictions fondamentales : 1. **Ne pas l’opprimer** → aucune injustice, même minime. 2. **Ne pas l’abandonner** → ne pas délaisser un musulman lorsqu’il a besoin d’aide ou de soutien. 3. **Ne pas le mépriser** → le mépris est un péché du cœur qui mène à de nombreux autres maux. Il souligne ensuite que **le simple mépris suffit comme mal**, même sans acte extérieur. 🔹 « La piété est ici » En désignant sa poitrine, le Prophète ﷺ enseigne que : * la valeur d’une personne ne se mesure pas à son apparence, * ni à son statut, * mais à son cœur et à sa piété. Ce geste rappelle que : * les jugements superficiels sont trompeurs, * seul Allah connaît la réalité des cœurs. 🔹 L’inviolabilité du musulman Le hadith conclut par trois éléments sacrés : * **le sang** → la vie, * **les biens** → la propriété, * **l’honneur** → la réputation et la dignité. Porter atteinte à l’un de ces trois éléments constitue une **grave injustice**. [5] LEÇONS À RETENIR * La fraternité islamique impose des devoirs concrets * L’injustice, l’abandon et le mépris sont interdits * Le cœur est le siège de la vraie valeur * Le sang, les biens et l’honneur sont inviolables * Le mépris intérieur est déjà un péché grave EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 36 — Secourir les croyants et faciliter les affaires Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Muslim TEXTE ARABE مَنْ نَفَّسَ عَنْ مُؤْمِنٍ كُرْبَةً مِنْ كُرَبِ الدُّنْيَا نَفَّسَ اللَّهُ عَنْهُ كُرْبَةً مِنْ كُرَبِ يَوْمِ الْقِيَامَةِ وَمَنْ يَسَّرَ عَلَى مُعْسِرٍ يَسَّرَ اللَّهُ عَلَيْهِ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ وَمَنْ سَتَرَ مُسْلِمًا سَتَرَهُ اللَّهُ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ وَاللَّهُ فِي عَوْنِ الْعَبْدِ مَا كَانَ الْعَبْدُ فِي عَوْنِ أَخِيهِ وَمَنْ سَلَكَ طَرِيقًا يَلْتَمِسُ فِيهِ عِلْمًا سَهَّلَ اللَّهُ لَهُ بِهِ طَرِيقًا إِلَى الْجَنَّةِ وَمَا اجْتَمَعَ قَوْمٌ فِي بَيْتٍ مِنْ بُيُوتِ اللَّهِ يَتْلُونَ كِتَابَ اللَّهِ وَيَتَدَارَسُونَهُ بَيْنَهُمْ إِلَّا نَزَلَتْ عَلَيْهِمُ السَّكِينَةُ وَغَشِيَتْهُمُ الرَّحْمَةُ وَحَفَّتْهُمُ الْمَلَائِكَةُ وَذَكَرَهُمُ اللَّهُ فِيمَنْ عِنْدَهُ وَمَنْ بَطَّأَ بِهِ عَمَلُهُ لَمْ يُسْرِعْ بِهِ نَسَبُهُ TRADUCTION FRANÇAISE Celui qui soulage un croyant d’une détresse parmi les détresses de ce bas-monde, Allah le soulagera d’une détresse parmi les détresses du Jour de la Résurrection. Celui qui facilite les affaires d’un endetté ou d’une personne en difficulté, Allah lui facilitera les choses ici-bas et dans l’au-delà. Celui qui couvre les fautes d’un musulman, Allah couvrira ses fautes ici-bas et dans l’au-delà. Allah aide le serviteur tant que le serviteur aide son frère. Celui qui emprunte un chemin à la recherche du savoir, Allah lui facilite par cela un chemin vers le Paradis. Et lorsque des gens se réunissent dans une des maisons d’Allah pour réciter le Livre d’Allah et l’étudier entre eux, la sérénité descend sur eux, la miséricorde les enveloppe, les anges les entourent, et Allah les mentionne auprès de ceux qui sont auprès de Lui. Et celui dont les œuvres retardent ne sera pas devancé par sa lignée. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith est l’un des **plus complets** concernant les **relations sociales, l’entraide, le savoir et la valeur réelle des personnes**. Il établit un lien direct entre : * l’aide apportée aux créatures, * et l’aide accordée par Allah. Il montre que la religion ne se limite pas à l’adoration individuelle, mais inclut pleinement le service rendu aux autres. 🔹 Soulager la détresse des croyants Soulager une détresse signifie : * aider matériellement, * soutenir moralement, * alléger une difficulté réelle. Le Prophète ﷺ promet en retour : * une délivrance le Jour où nul secours ne sera plus nécessaire que celui d’Allah. 🔹 Faciliter pour celui qui est en difficulté Faciliter ne signifie pas : * encourager l’injustice, * ou nier les droits, mais : * alléger, * patienter, * trouver des solutions équitables. Allah récompense cette facilité par une facilité plus grande encore, ici et dans l’au-delà. 🔹 Couvrir les fautes Couvrir signifie : * ne pas exposer les fautes privées, * conseiller discrètement, * préserver l’honneur. Cela n’inclut pas : * les crimes publics, * ni ce qui nuit aux autres. La récompense est proportionnelle : Allah couvre les fautes du serviteur au moment où il en aura le plus besoin. 🔹 Le secours d’Allah et le service aux autres Le Prophète ﷺ établit une règle claire : > *Allah aide le serviteur tant que le serviteur aide son frère.* C’est une loi spirituelle constante. 🔹 Le mérite du savoir et de son apprentissage Chercher le savoir est : * un chemin vers le Paradis, * une cause de sérénité, * une source de miséricorde. Les cercles de science attirent : * la tranquillité, * la présence des anges, * la mention honorifique auprès d’Allah. 🔹 La valeur réelle des personnes La conclusion du hadith détruit toute illusion sociale : * la noblesse ne vient pas de la lignée, * ni du nom, * mais des œuvres. [5] LEÇONS À RETENIR * Aider les autres attire l’aide d’Allah * Soulager une détresse a une récompense immense * La facilité et la discrétion sont des vertus majeures * Le savoir mène au Paradis * La valeur d’une personne se mesure à ses œuvres EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 37 — L’intention, l’acte et la miséricorde d’Allah Références : ‘Abdullāh ibn ‘Abbās رضي الله عنهما · Al-Bukhārī et Muslim TEXTE ARABE إِنَّ اللَّهَ كَتَبَ الْحَسَنَاتِ وَالسَّيِّئَاتِ ثُمَّ بَيَّنَ ذَلِكَ فَمَنْ هَمَّ بِحَسَنَةٍ فَلَمْ يَعْمَلْهَا كَتَبَهَا اللَّهُ عِنْدَهُ حَسَنَةً كَامِلَةً وَإِنْ هَمَّ بِهَا فَعَمِلَهَا كَتَبَهَا اللَّهُ عِنْدَهُ عَشْرَ حَسَنَاتٍ إِلَى سَبْعِمِائَةِ ضِعْفٍ إِلَى أَضْعَافٍ كَثِيرَةٍ وَإِنْ هَمَّ بِسَيِّئَةٍ فَلَمْ يَعْمَلْهَا كَتَبَهَا اللَّهُ عِنْدَهُ حَسَنَةً كَامِلَةً وَإِنْ هَمَّ بِهَا فَعَمِلَهَا كَتَبَهَا اللَّهُ سَيِّئَةً وَاحِدَةً TRADUCTION FRANÇAISE Allah a inscrit les bonnes actions et les mauvaises actions, puis Il en a exposé le détail. Celui qui a l’intention de faire une bonne action sans la réaliser, Allah la lui inscrit comme une bonne action complète. S’il en a l’intention et qu’il la réalise, Allah la lui inscrit comme dix bonnes actions jusqu’à sept cents fois, voire davantage. Celui qui a l’intention de commettre une mauvaise action mais ne la réalise pas, Allah la lui inscrit comme une bonne action complète. Et s’il a l’intention de la commettre et qu’il la réalise, Allah la lui inscrit comme une seule mauvaise action. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith met en évidence l’**immense miséricorde d’Allah** et la place centrale de **l’intention** dans la valeur des œuvres. Il montre que la justice divine est toujours accompagnée d’une largesse et d’une bonté incomparables. Allah ne traite pas les bonnes et les mauvaises actions de manière équivalente : * le bien est multiplié, * le mal est limité. 🔹 L’intention du bien non réalisée Lorsqu’un serviteur : * a l’intention sincère de faire le bien, * mais en est empêché, Allah lui inscrit : * **une bonne action complète**. Cela montre que : * Allah regarde le cœur, * la sincérité a une valeur réelle, * l’empêchement involontaire n’annule pas la récompense. 🔹 Le bien réalisé et sa multiplication Lorsque le bien est accompli : * la récompense commence à dix fois, * peut atteindre sept cents fois, * voire davantage selon la sincérité, le contexte et l’effort. Cette multiplication illimitée est un signe de : * la générosité d’Allah, * Sa bonté envers Ses serviteurs. 🔹 L’intention du mal abandonnée Celui qui : * envisage une mauvaise action, * puis y renonce par crainte d’Allah, voit cette renonciation : * transformée en **bonne action complète**. Cela montre que : * lutter contre l’âme est une adoration, * la maîtrise intérieure est aimée d’Allah. 🔹 Le mal accompli Lorsqu’un mal est commis : * il n’est inscrit que comme **une seule mauvaise action**, * sans multiplication. Cela illustre : * l’équilibre de la justice divine, * la retenue d’Allah dans la sanction, * l’ouverture permanente au repentir. [5] LEÇONS À RETENIR * Allah récompense l’intention sincère * Le bien est largement multiplié * Le mal n’est pas multiplié * Renoncer au péché est une adoration * La miséricorde d’Allah dépasse Sa justice EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 38 — Les alliés d’Allah et la proximité divine Références : Abū Hurayrah رضي الله عنه · Al-Bukhārī TEXTE ARABE قَالَ اللَّهُ تَعَالَى: مَنْ عَادَى لِي وَلِيًّا فَقَدْ آذَنْتُهُ بِالْحَرْبِ وَمَا تَقَرَّبَ إِلَيَّ عَبْدِي بِشَيْءٍ أَحَبَّ إِلَيَّ مِمَّا افْتَرَضْتُهُ عَلَيْهِ وَمَا يَزَالُ عَبْدِي يَتَقَرَّبُ إِلَيَّ بِالنَّوَافِلِ حَتَّى أُحِبَّهُ فَإِذَا أَحْبَبْتُهُ كُنْتُ سَمْعَهُ الَّذِي يَسْمَعُ بِهِ وَبَصَرَهُ الَّذِي يُبْصِرُ بِهِ وَيَدَهُ الَّتِي يَبْطِشُ بِهَا وَرِجْلَهُ الَّتِي يَمْشِي بِهَا وَإِنْ سَأَلَنِي لَأُعْطِيَنَّهُ وَلَئِنِ اسْتَعَاذَنِي لَأُعِيذَنَّهُ TRADUCTION FRANÇAISE Allah تعالى a dit : « Quiconque se montre hostile à l’un de Mes alliés, Je lui déclare la guerre. Mon serviteur ne se rapproche de Moi par rien de plus aimé que ce que Je lui ai rendu obligatoire. Et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Lorsque Je l’aime, Je deviens son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il agit, et son pied par lequel il marche. S’il Me demande, Je lui donne. S’il cherche refuge auprès de Moi, Je le protège. » [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith qudsī décrit **le chemin de la proximité avec Allah** et définit qui sont **les véritables alliés (awliyā’) d’Allah**. Il montre que la sainteté en Islam n’est ni mystérieuse ni réservée à une élite, mais repose sur **l’obéissance, la constance et l’amour divin**. 🔹 Qui sont les alliés d’Allah Les alliés d’Allah sont : * ceux qui croient sincèrement, * ceux qui respectent les obligations, * ceux qui s’éloignent des interdits, * ceux qui persévèrent dans l’obéissance. Ils ne sont pas définis par : * des prétentions, * des miracles, * des titres, * ou une apparence particulière, mais par leur **droiture réelle**. 🔹 La gravité de s’opposer à un allié d’Allah Allah annonce : > « Je lui déclare la guerre » Cela montre : * la gravité extrême de nuire à un croyant pieux, * la protection particulière accordée par Allah à Ses serviteurs proches, * que l’injustice envers eux est une cause de ruine. 🔹 La priorité absolue des obligations Allah précise que : * les œuvres obligatoires sont ce qu’Il aime le plus, * aucune œuvre surérogatoire ne peut compenser une obligation négligée. C’est un principe fondamental : > **les obligations précèdent tout le reste**. 🔹 Le rôle des œuvres surérogatoires Après l’accomplissement des obligations, les œuvres surérogatoires : * élèvent le rang du serviteur, * renforcent son lien avec Allah, * conduisent à l’amour divin. Cet amour est le sommet de la relation entre le serviteur et son Seigneur. 🔹 Sens de « Je deviens son ouïe, sa vue… » Cette expression ne signifie **en aucun cas une union ou une incarnation**. Les savants expliquent qu’elle signifie : * qu’Allah guide ses sens, * qu’Il protège ses actes, * qu’Il l’oriente vers le bien, * et l’éloigne du mal. Le serviteur n’agit alors que dans ce qu’Allah aime et agrée. 🔹 L’exaucement et la protection Allah conclut par deux promesses immenses : * l’exaucement des invocations, * la protection contre les dangers. Cela montre que la proximité d’Allah se manifeste : * dans la vie quotidienne, * dans les difficultés, * dans les choix du serviteur. [5] LEÇONS À RETENIR * Les alliés d’Allah sont définis par l’obéissance * Nuire à un croyant pieux est une grave injustice * Les obligations sont la base de la proximité divine * Les œuvres surérogatoires mènent à l’amour d’Allah * Allah guide et protège ceux qu’Il aime EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 39 — L’erreur, l’oubli et la contrainte Références : ‘Abdullāh ibn ‘Abbās رضي الله عنهما · Ibn Mājah et autres TEXTE ARABE إِنَّ اللَّهَ تَجَاوَزَ لِأُمَّتِي عَنِ الْخَطَإِ وَالنِّسْيَانِ وَمَا اسْتُكْرِهُوا عَلَيْهِ TRADUCTION FRANÇAISE Allah a pardonné à ma communauté l’erreur, l’oubli, et ce à quoi ils ont été contraints. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith établit l’un des **principes majeurs de la miséricorde et de la facilité en Islam**. Il montre qu’Allah ne tient pas les serviteurs responsables de ce qui échappe à leur volonté ou à leur contrôle. Il constitue une base essentielle : * du fiqh, * des règles de responsabilité, * et de la compréhension équilibrée de la religion. 🔹 Le sens de « Allah a pardonné » Le pardon ici signifie : * qu’il n’y a **pas de péché**, * ni de sanction morale, * ni de responsabilité religieuse, lorsque l’acte ne résulte pas d’un choix volontaire. Cela montre qu’Allah juge selon : * l’intention, * la capacité, * et la liberté réelle du serviteur. 🔹 L’erreur (*al-khaṭa’*) L’erreur est : * un acte involontaire, * commis sans intention, * malgré une volonté initiale de bien faire. Exemples : * se tromper dans une parole, * agir par ignorance non volontaire, * commettre un acte sans en mesurer les conséquences. Dans ces cas : * il n’y a pas de péché, * mais parfois une réparation matérielle peut être requise selon le contexte. 🔹 L’oubli (*an-nisyān*) L’oubli est une caractéristique humaine naturelle. Lorsqu’un serviteur : * oublie une obligation, * ou commet un manquement par oubli, il n’est pas pécheur. Cependant, lorsqu’il se rappelle : * il doit corriger, * compléter, * ou réparer ce qui est possible. L’oubli n’annule pas la responsabilité de corriger, mais supprime le péché. 🔹 La contrainte (*al-ikrāh*) La contrainte signifie : * être forcé par une menace réelle, * sans possibilité de s’y soustraire, * sous peine de préjudice grave. Dans ce cas : * l’acte n’est pas imputé moralement, * tant que le cœur demeure ferme sur la foi. Ce principe protège les croyants dans les situations extrêmes. 🔹 Sagesse de cette règle Sans cette règle : * la religion serait insupportable, * la vie humaine deviendrait invivable, * la culpabilité serait permanente. Ce hadith montre que la Sharī‘a : * reconnaît la faiblesse humaine, * distingue entre volonté et contrainte, * et vise la miséricorde avant la rigueur. [5] LEÇONS À RETENIR * Allah ne tient pas compte de l’involontaire * L’intention est centrale dans la responsabilité * L’erreur et l’oubli ne sont pas des péchés * La contrainte supprime la culpabilité morale * La Sharī‘a est fondée sur la facilité et la miséricorde EXPLICATION (CHARḤ) HADITH 40 — Vivre comme un étranger ou un voyageur Références : ‘Abdullāh ibn ‘Umar رضي الله عنهما · Al-Bukhārī TEXTE ARABE كُنْ فِي الدُّنْيَا كَأَنَّكَ غَرِيبٌ أَوْ عَابِرُ سَبِيلٍ وَكَانَ ابْنُ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا يَقُولُ: إِذَا أَمْسَيْتَ فَلَا تَنْتَظِرِ الصَّبَاحَ، وَإِذَا أَصْبَحْتَ فَلَا تَنْتَظِرِ الْمَسَاءَ، وَخُذْ مِنْ صِحَّتِكَ لِمَرَضِكَ، وَمِنْ حَيَاتِكَ لِمَوْتِكَ TRADUCTION FRANÇAISE Sois dans ce bas-monde comme si tu étais un étranger ou un voyageur de passage. Ibn ‘Umar رضي الله عنهما disait : Lorsque tu arrives au soir, n’attends pas le matin. Lorsque tu arrives au matin, n’attends pas le soir. Profite de ta santé avant ta maladie, et de ta vie avant ta mort. [4] CHARḤ — EXPLICATION DÉTAILLÉE 🔹 Sens général Ce hadith conclut les **40 hadiths** par une orientation spirituelle majeure : le croyant doit vivre dans ce monde avec **conscience de sa temporalité**. Le Prophète ﷺ ne demande pas de quitter le monde, mais d’y vivre sans s’y installer intérieurement. L’image de l’**étranger** et du **voyageur** illustre une relation saine au bas-monde : * on y passe, * on y agit, * mais on n’y demeure pas. 🔹 Le sens d’« étranger » L’étranger : * n’est pas attaché à la terre où il se trouve, * ne s’y installe pas durablement, * garde son cœur tourné vers sa destination. De même, le croyant : * vit dans ce monde, * mais son cœur est tourné vers l’au-delà, * il ne fait pas du bas-monde son objectif ultime. 🔹 Le sens de « voyageur de passage » Le voyageur est encore plus détaché que l’étranger : * il ne s’arrête que brièvement, * il ne s’alourdit pas de bagages inutiles, * il se concentre sur l’arrivée. Ce niveau représente : * la vigilance spirituelle, * la préparation constante, * la lucidité face au temps qui passe. 🔹 Le commentaire de Ibn ‘Umar Ibn ‘Umar رضي الله عنهما, compagnon connu pour son ascèse et sa piété, traduit ce hadith en **règles pratiques de vie**. Il enseigne : * à ne pas remettre au lendemain, * à agir tant que la capacité est présente, * à anticiper la fin inévitable. Son propos montre que : * le temps est un capital, * la santé est une opportunité, * la vie est une préparation. 🔹 Équilibre enseigné par le hadith Ce hadith ne prône ni : * la négligence des responsabilités, * ni l’isolement, * ni la pauvreté volontaire. Il appelle à : * la lucidité, * la sobriété, * la priorité donnée à l’au-delà, * sans abandon des obligations terrestres. 🔹 Sagesse de la conclusion An-Nawawī termine son recueil par ce hadith car il résume : * le sens de la vie, * l’urgence de l’obéissance, * la brièveté du monde, * et la préparation à la rencontre d’Allah. Il ferme ainsi le cercle ouvert par le **hadith de l’intention**. ## [5] LEÇONS À RETENIR * Le bas-monde est un lieu de passage * Le croyant agit sans s’attacher * Le temps est un capital non renouvelable * La santé est une opportunité à exploiter * La vraie demeure est l’au-delà EXPLICATION (CHARḤ) ──────────────────────────────────────── NEXUS — AL-HIKMAH Retrouvez les autres contenus sur le site officiel : https://www.nexus-alhikmah.org/sunnah